:::: 2009-2010 : anniversaire Landowski
Marcel Landowski nous a quittés voici dix ans, le 23 décembre
1999. Il laisse une empreinte profonde et durable sur la vie musicale
française ; mais son œuvre administrative - déterminante par l’essor
qu’elle a donné à l’enseignement, aux orchestres et aux grandes
institutions lyriques - éclipse trop souvent son œuvre de compositeur. À
tort : car cet artiste-né, remarqué très jeune du public et de la
critique, laisse un vaste catalogue recouvrant presque tous les genres.
Landowski incarne pleinement cette génération d'artistes qui, entre la
muse légère du Groupe des Six et le radicalisme de l’avant-garde
postsérielle, voulait redonner à la musique française une forme
d’ambition et d’élévation spirituelle.
Avec sa famille, ses proches, ses amis, nous avons voulu que le dixième anniversaire de sa disparition soit une occasion de remettre en avant ce Landowski compositeur : du jeune artiste audacieux et quelque peu turbulent de l’immédiat avant-guerre (où sa première œuvre vit le jour sous la baguette du grand Pierre Monteux), au symphoniste puissant, proche d’Honegger, en passant par le compositeur lyrique aux préoccupations philosophiques omniprésentes. N'oublions pas, non plus, les compositions de musique vocale, écrites pour chœurs d'adultes ou d'enfants – qui continuent d'applaudir sa populaire Sorcière du placard au balai. Les virtuoses d'aujourd'hui pourraient également se pencher, avec profit, sur les concertos pour piano ou pour instruments à vents ; et l'on espère revoir sur scène ce Fantôme de l'Opéra dans lequel l’art de Landowski se déploie avec beaucoup de fantaisie.
Cette œuvre devait, certes, connaître une longue interruption qui n’allait pas faciliter sa diffusion : retrait volontaire, dès le jour où Landowski se consacra à la création de la Direction de la musique au ministère de la Culture. La dernière partie de sa vie a vu toutefois fleurir quantité d’œuvres nouvelles, des amples dimensions de la Messe de l'aurore à l'intimité de son quatuor à cordes L’Interrogation, sans oublier, toujours, ces opéras auxquels il attachait une importance particulière, comme le miroir de ses préoccupations. Les quelques concerts programmés tout au long de la saison 2009-2010, grâce à l'engagement d'artistes et responsables d'institutions musicales, ne donnent de cette œuvre qu’une première approche. Mais nous espérons que cet élan contribuera, dans les années qui viennent, à aiguiser la curiosité sur un créateur qui mérite sa place au sein même du répertoire – loin des chapelles spécialisées qui ne convenaient guère à la générosité rayonnante de sa personnalité.
Benoît Duteurtre
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